Les Pensées de Marc Aurèle : comment appliquer sa philosophie à votre pratique du journaling

Les Pensées de Marc Aurèle restent actuelles pour une raison assez simple : elles ne parlent pas seulement de grandes théories philosophiques, mais aussi de quelque chose que vous connaissez vous-même, la difficulté de mettre de l’ordre dans votre esprit lorsque pensées, émotions et préoccupations se mélangent.
Vous n’êtes pas face à un livre écrit pour impressionner qui que ce soit. Vous lisez les notes d’un homme qui utilisait l’écriture pour surveiller ses pensées, corriger ses réactions et se rappeler la manière dont il voulait vivre.
C’est pour cette raison que le texte se prête si bien au journaling. Écrire de manière consciente ne consiste pas seulement à se défouler : cela peut aussi vous aider à prendre du recul par rapport à ce que vous pensez et à éviter qu’une pensée ou une émotion passagère ne devienne immédiatement une vérité.
Un journal ne fait pas disparaître vos problèmes, mais il peut vous obliger à les regarder avec davantage d’attention. Il vous aide à distinguer ce qui s’est réellement passé de ce que vous êtes en train d’interpréter, et cette différence peut profondément changer votre manière de réagir.
C’est là que réside une grande partie de l’actualité de Marc Aurèle : il ne vous apprend pas à paraître profond, mais à essayer de penser avec un peu plus de solidité lorsque votre esprit commence à exagérer.
DANS CET ARTICLE
« Notre vie est ce que nos pensées en font. »
Marc Aurèle
01 · ÉCRIRE POUR VOUS OBSERVER
Pourquoi les Pensées de Marc Aurèle s’accordent si bien avec le journaling

Parce qu’il ne s’agit pas d’une philosophie décorative. C’est en grande partie une pratique mentale écrite que vous pouvez facilement transposer à votre vie quotidienne.
Marc Aurèle écrit pour s’examiner, se freiner et éviter qu’une émotion passagère ne se transforme en vérité absolue. Cela ressemble beaucoup à ce que vous cherchez lorsque vous utilisez le journaling de manière réflexive.
Il ne se contente pas de raconter ce qui lui arrive. Il essaie d’observer le jugement qu’il ajoute à ce qui lui arrive.
Une chose est le fait, une autre est l’interprétation. Une chose est ce qui se produit, une autre est l’histoire que vous construisez autour.
Marc Aurèle revient encore et encore sur cette différence parce qu’une part importante de notre malaise peut apparaître précisément là : non seulement à cause de ce qui se produit, mais aussi à cause de la rapidité avec laquelle nous le transformons en conclusion.
Ses réflexions font également apparaître une idée très liée au stoïcisme : distinguer ce qui dépend de vous de ce qui n’en dépend pas. Appliquée à un journal, cette question peut éliminer une bonne partie du bruit mental et vous ramener à ce qui est concret.
On y retrouve aussi une attitude d’acceptation de la réalité sans transformer cette acceptation en passivité. Personnellement, j’aime me rappeler une phrase : « J’accepte tout, mais je ne me résigne à rien. » Ce n’est pas exactement l’amor fati, mais cela m’aide à me rappeler qu’accepter une situation ne signifie pas renoncer à essayer de l’améliorer.
C’est pourquoi lire les Pensées uniquement comme un classique de philosophie peut être réducteur. Vous pouvez aussi les voir comme le carnet mental de quelqu’un qui avait compris que, si vous n’examinez pas ce qui se passe en vous, vous risquez de finir par vivre à sa merci.
Vous ne pouvez pas empêcher la première pensée d’apparaître. Mais vous pouvez décider du pouvoir que vous lui accordez ensuite.
02 · COMPRENDRE LE LIVRE
Ce que sont réellement les Pensées de Marc Aurèle
Les Pensées ne sont ni un traité parfaitement construit ni un livre initialement destiné au public. Ce sont des notes personnelles, des rappels, des corrections mentales et des fragments que Marc Aurèle écrivait pour lui-même.
Cela explique leur ton. Parfois direct, parfois sec et parfois répétitif. Mais cette répétition peut aussi être comprise comme un entraînement : certaines idées doivent être répétées souvent parce que comprendre quelque chose une fois ne signifie pas avoir appris à vivre en accord avec cette idée.
Comprendre une idée et en faire une manière habituelle d’agir sont deux choses différentes.
De la même manière que réussir un panier une fois ne fait pas de vous un bon joueur, penser correctement une fois ne garantit pas que vous réagirez de la même manière la prochaine fois que le problème apparaîtra.
Marc Aurèle n’écrit pas comme quelqu’un qui donne une conférence. Il écrit comme quelqu’un qui essaie de rester ferme face à ses propres limites, peurs et réactions.
Lu ainsi, le texte gagne beaucoup en force. Il ne ressemble plus à une simple collection de phrases anciennes, mais à la trace de quelqu’un qui essaie de penser avec davantage de sobriété et d’agir en accord avec ce qu’il considère comme important.
03 · L’APPLIQUER À VOTRE JOURNAL
Comment appliquer cette approche à votre journal personnel
Appliquer les idées des Pensées à votre journal ne signifie pas essayer d’écrire comme Marc Aurèle. Il s’agit d’utiliser l’écriture avec une intention similaire : mieux observer ce qui se passe en vous afin de ne pas toujours agir à partir de votre première impulsion.
1
Écrivez ce que vous avez réellement en vous
N’essayez pas de l’embellir. Si vous êtes contrarié, confus, fatigué ou plein de ressentiment, écrivez-le tel que cela apparaît.
Dans un journal, l’utilité ne vient pas du fait de bien écrire, mais de pouvoir voir clairement ce que vous êtes en train de penser.
2
Questionnez ce que vous venez d’écrire
Demandez-vous ce qui s’est réellement passé, quelle partie vous êtes en train de supposer, quelle émotion domine votre interprétation et quelles preuves vous avez pour penser ainsi.
3
Cherchez votre marge d’action
Une fois que vous comprenez mieux ce qui s’est passé, demandez-vous quelle partie dépend réellement de vous et quelle partie échappe à votre contrôle.
4
Décidez comment vous voulez répondre
L’objectif n’est pas de contrôler ce qui se passe à l’extérieur, mais d’essayer de choisir une réponse plus consciente dans ce sur quoi vous pouvez réellement agir.
AVANT DE COMMENCER LA JOURNÉE
Comment ai-je envie de réagir aujourd’hui si quelque chose se complique ?
Vous n’avez pas besoin d’anticiper tous les problèmes possibles. Il suffit de vous rappeler l’attitude que vous souhaitez essayer de conserver lorsque quelque chose ne se déroule pas comme prévu.
Vous pouvez également faire cet exercice le soir. Au lieu de vous contenter de raconter ce qui s’est passé, observez comment vous avez été, vous, au milieu de ce qui s’est passé. Cette petite différence transforme l’écriture en une pratique beaucoup plus réflexive.
Le support compte moins qu’on pourrait le croire. Vous pouvez écrire sur papier ou sur écran. Écrire à la main vous oblige généralement à ralentir un peu, tandis que le numérique peut être plus rapide et plus pratique. L’important est que le support ne vous empêche pas de vous arrêter pour réfléchir.
04 · LE VOIR EN PRATIQUE
Un exemple concret de journaling stoïcien
C’est maintenant que tout cela cesse simplement de bien sonner et devient réellement pratique.
Imaginez une situation très quotidienne : vous travaillez ou étudiez, vous commencez une tâche importante et, dix minutes plus tard, vous êtes déjà en train de regarder votre téléphone presque sans vous en rendre compte.
« Je n’arrive pas à me concentrer. C’est toujours pareil. Je manque de discipline. Je n’avancerai jamais comme ça. »
Jusqu’ici, vous avez exprimé ce que vous aviez en vous. Cela peut déjà soulager un peu, mais vous pouvez encore utiliser l’écriture pour aller plus loin.
1
Fait
Je me suis laissé distraire par mon téléphone au moment même où j’allais commencer.
2
Interprétation
Je pense que je manque de discipline ou de constance et que, pour cette raison, je ne serai jamais capable de maintenir mon attention.
3
Pause
Qu’y avait-il réellement derrière cette distraction ? Étais-je fatigué ? La tâche me mettait-elle mal à l’aise ? Est-ce que je me tourne automatiquement vers mon téléphone dès que quelque chose demande un effort ?
4
Réinterprétation
Je suis fatigué, la tâche me semble exigeante et j’ai pris l’habitude d’éviter cet effort en cherchant une distraction rapide.
5
Action
Je peux éloigner mon téléphone, diviser la tâche en une partie plus petite et commencer uniquement par là. Si j’ai besoin de me reposer, je peux le faire consciemment au lieu de me distraire automatiquement.
La pensée reformulée pourrait alors devenir :
« Ce n’est pas que je manque de discipline. Je retombe dans une habitude automatique de distraction lorsqu’une tâche demande un effort. Je peux commencer petit à petit et faire mieux maintenant. »
Cela ne supprime pas immédiatement l’inconfort, mais peut réduire l’intensité avec laquelle vous l’interprétez. Vous cessez de juger toute votre personnalité à partir d’une distraction ponctuelle et revenez à ce sur quoi vous pouvez réellement agir.
05 · PASSER À LA PRATIQUE
Exercices de journaling inspirés des Pensées de Marc Aurèle
La meilleure façon de comprendre cette approche est de la mettre en pratique. Vous n’avez pas besoin de faire tous ces exercices à la fois. Choisissez celui qui correspond le mieux à ce que vous êtes en train de vivre.
01
Décharge mentale brute
Pendant cinq minutes, écrivez sans vous arrêter tout ce que vous avez en tête. Ne corrigez rien, n’organisez rien et n’essayez pas de bien écrire.
Vous n’essayez encore de résoudre aucun problème. L’objectif est de relâcher une partie de la pression et de transformer ce bruit mental en quelque chose que vous pouvez observer.
02
Fait et interprétation
Choisissez quelque chose qui vous a perturbé et divisez mentalement la situation en deux parties.
Fait : la personne n’a pas répondu au message.
Interprétation : je ne compte pas pour elle.
Cette distinction vous aide à repérer quand vous réagissez à quelque chose qui s’est réellement produit et quand vous réagissez à une conclusion que vous n’avez pas encore vérifiée.
03
Votre marge d’action
Divisez une page en deux parties. Dans l’une, écrivez ce sur quoi vous pouvez agir. Dans l’autre, ce qui ne dépend pas de vous.
L’objectif est de cesser de dépenser toute votre énergie à essayer de contrôler ce qui ne dépend pas de vous et de revenir à la partie de la situation sur laquelle vous pouvez réellement intervenir.
04
Reformulez une pensée automatique
Prenez une phrase absolue et rendez-la plus précise.
« Tout va toujours mal pour moi » peut devenir « Il y a deux choses qui ne se sont pas passées comme je l’aurais voulu ».
« Je suis incapable de faire ça » peut devenir « Pour l’instant, je n’y arrive pas très bien, mais je peux continuer à apprendre ».
05
Bilan de la journée
- Dans quelle situation ai-je bien réagi aujourd’hui ?
- À quel moment me suis-je laissé emporter ?
- Qu’est-ce que j’aimerais essayer de corriger demain ?
L’objectif n’est pas de vous punir, mais de revoir votre journée afin d’aborder la suivante avec un peu plus de conscience.
06
Phrases d’ancrage
Gardez deux ou trois idées courtes qui vous aident réellement lorsque vous sentez que votre esprit commence à s’emballer.
- « Toutes les pensées ne méritent pas d’être suivies. »
- « Je peux distinguer ce que je sais de ce que je suppose. »
- « Je n’ai pas besoin de transformer une sensation en vérité absolue. »
Il ne s’agit pas d’embellir la réalité. Lorsque vous reformulez une pensée, l’objectif n’est pas de remplacer quelque chose de désagréable par quelque chose de positif, mais d’essayer de décrire la situation avec davantage de précision.
06 · ÉVITER LES ERREURS
Erreurs fréquentes dans le journaling d’inspiration stoïcienne
Utiliser votre journal de cette manière ne signifie pas non plus que tout ce que vous écrivez vous apportera automatiquement de la clarté. Certaines habitudes peuvent vous amener à tourner encore et encore autour des mêmes pensées.
- Utiliser votre journal uniquement pour évacuer votre mal-être. Cela peut vous soulager, mais si vous n’observez jamais ce que vous avez écrit, vous risquez de rester uniquement dans le défoulement.
- Essayer d’écrire pour paraître intéressant. Votre journal n’a pas besoin d’un style brillant. Plus vous essayez de jouer un rôle, moins il reste de place pour vous observer avec sincérité.
- Attendre une grande révélation immédiate. Ce type d’écriture fonctionne davantage comme un entraînement que comme une succession de découvertes spectaculaires.
- Ne jamais relire. Revenir sur des pages écrites il y a des semaines, des mois ou des années peut révéler des peurs récurrentes, des exagérations, des schémas et aussi des progrès que vous n’aviez peut-être pas remarqués.
EN QUELQUES MOTS
- Écrivez d’abord ce que vous pensez réellement.
- Distinguez le fait de votre interprétation.
- Demandez-vous quelle partie de la situation dépend de vous.
- Essayez de formuler vos pensées avec davantage de précision.
- Observez votre manière de réagir, pas seulement ce qui vous arrive.
- Revenez de temps en temps à ce que vous avez écrit auparavant.
L’objectif n’est pas d’écrire beaucoup. Il s’agit d’écrire d’une manière qui vous rende un peu moins naïf face à vos propres pensées et un peu plus conscient de la manière dont vous réagissez.
07 · COMMENCER AUJOURD’HUI
Comment commencer aujourd’hui sans compliquer les choses
Commencez par cinq minutes. C’est suffisant pour essayer cette approche sans en faire une obligation difficile à maintenir.
OUVREZ VOTRE JOURNAL ET COMMENCEZ AINSI
« En ce moment, j’ai la tête à… »
Complétez la phrase et continuez à écrire sans trop vous préoccuper de la forme.
Lorsque vous avez terminé, revenez sur ce que vous avez écrit et choisissez une seule phrase. Demandez-vous si elle décrit un fait, une émotion ou une interprétation.
Vous n’avez pas besoin d’arriver à une grande conclusion. Le simple fait de mettre par écrit ce que vous aviez en vous peut déjà être un bon début.
Au fil des jours, écrire devient généralement plus naturel. Peu à peu, vous pouvez cesser d’utiliser votre journal uniquement pour raconter ce qui vous arrive et commencer à l’utiliser aussi pour comprendre la manière dont vous pensez à ce qui vous arrive.
POUR CONTINUER À PRATIQUER
Pratiquez le journaling stoïcien
Continuez à travailler des idées comme distinguer les faits des interprétations, observer ce qui dépend de vous et examiner vos pensées avec un peu plus de recul.